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Vincent Ledoux. «Il faut un grand réseau métropolitain des acteurs économiques»

Créer un réseau métropolitain en favorisant le rapprochement des entreprises et celui de l’économie et du politique. Tel est l’enjeu pour Lille selon Vincent Ledoux, vice-président aux affaires économiques, à l’emploi et aux commerces de la Mel et fervent partisan de la croissance des entreprises via les marchés Africains. Vincent Ledoux était d'ailleurs en introduction du Forum de l'Afrique Business Club Lille Région le 2 juin 2015 à l'espace international Euralille.
Quelles forces caractérisent la Métropole Européenne de Lille (Mel) face aux autres métropoles françaises ? D’abord sa position géographique: nous sommes proches de trois grandes capitales, nous avons une façade maritime, un réseau ferroviaire dense… Nous sommes plus proches de Londres que Shanghai de son port, c’est significatif. Nous avons aussi un bassin de population d’1,2 million d’habitants, avec une population plus jeune que celle des autres métropoles, ce qui crée un effet dynamique dans nos grandes écoles. Après, pour avoir rencontré plusieurs élus de métropoles, il n’y a pas que le prisme de la concurrence. On se parle beaucoup et nous avons au final les mêmes problématiques.Je constate par ailleurs que l’image de la métropole lilloise à l’extérieur change. L’effet Troisième Révolution Industrielle commence à être insufflé dans la métropole et nous sommes perçus autrement. C’est aussi un des effets de la labellisation French Tech. Ces éléments montrent que nous nous mobilisons pour innover dans tous les domaines. Et quels défis se dessinent pour la métropole lilloise? Notre position géographique représente aussi un défi : nous sommes proches de Paris, avec laquelle nous sommes en concurrence pour l’implantation d’entreprises. Certains groupes parisiens peuvent hésiter à venir s’installer chez nous, puisqu’ils ne sont qu’à une heure. Nous avons encore des défis en matière d’emploi, pour faire correspondre les offres d’emploi avec les besoins de la population régionale. Un autre défi est celui de la multipolarité. Nous sortons d’une économie mono industrielle avec le textile et le bond qu’il a connu au cours de la deuxième révolution industrielle. Il y avait alors trois grands pôles textiles: Lille, Roubaix-Tourcoing et la Vallée de la Lys, ce qui fait que l’on se retrouve avec une métropole multipolaire et cela peut être mortifère. C’est dans nos gènes et il faut travailler pour avoir plutôt une métropole métropolitaine. Où en sont les échanges aujourd’hui entre la Mel et le monde économique? Historiquement, Monsieur Mauroy parlait avec Monsieur Bonduelle et cela s’est prolongé. Le monde économique a notamment parlé avec le politique pour créer dans la métropole 1.750 parcs d’activités, dont six sites d’excellences comme Euratechnologies, la Plaine Image,etc. Ces parcs regroupent deux tiers des 63.000 entreprises de la métropole. Aujourd’hui, le PMDE (ndlr : plan métropolitain de développement économique) est en cours de révision et devrait être communiqué en juin. Ce plan a été écrit avec les entreprises : nous organisons des rencontres sous forme de dîners avec les dirigeants. Le principe est que les politiques parlent peu pour laisser les dirigeants s’exprimer. L’idée est de sortir la Mel du mode " guichet ", car l’argent fait défaut, pour être plus sur un mode projet partagé avec les entreprises. On observe d’ailleurs que sur le terrain les entreprises s’organisent déjà elles-mêmes de cette façon, par exemple dans le numérique. Mais pour y parvenir, il faut que l’on se parle. Il y a eu pour le moment deux dîners et il devrait y en avoir cinq avec au total une cinquantaine de chefs d’entreprise de la métropole, représentant des entreprises de toutes les tailles et de tous les secteurs d’activité. Quelles grandes orientations ressortent déjà pour ce futur PMDE? Il y a des choses qui émergent suite à des items récurrents lors de ces dîners, par exemple, insuffler l’esprit d’entreprendre dès le plus jeune âge. La Mel, c’est 85 communes et on pourrait profiter de la mise en place des N.A.P (ndlr: nouvelles activités périscolaires), suite à la réforme des rythmes scolaires, pour mettre en place des actions en ce sens, notamment avec l’association Entreprendre pour Apprendre. Un autre axe de travail serait le rapprochement entre le monde de l’université et de la recherche et celui des entreprises. En France, c’est compliqué de sortir d’un doctorat pour développer une idée d’entreprise alors que cela se fait dans les pays anglo-saxons. Quels sont les projets structurants en cours ou à venir pour la métropole lilloise ? Euralille 3.000 est le grand projet de la métropole car ce n’est pas simplement de l’économie mais aussi un quartier. Il y a encore le projet de réhabilitation de la friche de l’Union. On peut aussi évoquer la promenade de Flandres, à Neuville-en-Ferrain, et ses 60 hectares qui vont être dédiés à des activités autour de l’ameublement et de la décoration de la maison. Il y a 850 emplois directs à la clef, ainsi que 250 emplois indirects. C’est un beau projet marchand pour le nord de Lille avec une mise à feu prévue pour 2017. Si ces projets ne sont pas comparables entre eux, il n’y a pas de petits projets. Quels relais de croissance la métropole peut-elle apporter aux dirigeants? D’abord, il ne faut pas oublier que la métropole est elle-même un marché économique pour les entreprises de son territoire. Par ailleurs, les parcs d’activités et les sites d’excellence créent les conditions pour que les chefs d’entreprises se parlent et disposent d’une armature pour affronter le monde. Je suis persuadé qu’il faut un grand réseau métropolitain des acteurs économiques. Avant, la politique et l’économie se faisaient dans le secret, ce n’est plus le cas aujourd’hui. Un directeur général me disait hier être prêt à parrainer des jeunes dans l’aventure de l’entrepreneuriat. Nous devons faire en sorte que les start-up puissent éclore dans la région à l’ombre des grands groupes. Il faut cela pour retenir les jeunes dans le Nord - Pas-de-Calais et stopper la migration des cerveaux. Même si les jeunes partent, par habitude, faire leur tour du monde, nous devons les encourager à revenir ensuite. Vous êtes aussi un partisan de la croissance des entreprises via l’Afrique… Je suis persuadé que la métropole doit s’organiser pour aller chercher des relais de croissance en Afrique. Cette idée est peu relayée et je le regrette. Nous arrivons à saturation en Europe tandis que l’Afrique se presse à nos portes. Il est possible pour nos entreprises d’y faire du business, de s’y développer sur des marchés de niche, le tout sur le mode de la coopération, en apportant un savoir-faire aux étudiants africains. L’Afrique pourrait atteindre 2milliards d’individus en 2050: il est possible de faire de la décentralisation économique sur des petits projets comme des grands, à l’image du plan Borloo d’électrification. Cela permettrait en outre de régler des problèmes là-bas tout en enrayant la migration: pour paraphraser Chirac, on ne peut pas regarder les gens se noyer sans rien faire. Quelle sera la place de la métropole lilloise dans une grande région Nord - Pas-de-Calais Picardie ? Dans le Nord - Pas-de-Calais, la métropole représente déjà 35% des entreprises régionales. Dans la future grande région, la puissance de Lille devra renforcer la puissance des autres. Il y aura toujours des sentiments d’iniquité, c’est humain, mais c’est en travaillant ensemble qu’on arrivera à être plus forts. De toute façon, il y a bien un fait métropolitain et la concurrence aujourd’hui est dans le monde. Il faut dépasser les réflexes concurrentiels entre les communes et se réjouir de la réussite des autres: nous étions en concurrence avec Arras pour l’implantation d’Orchestra et on se réjouit qu’ils aient obtenu ce dossier. Pour l’obtention du label French Tech, Lille s’est d’ailleurs alliée à d’autres villes de la région: ce mode de fonctionnement est à 100% une stratégie d’avenir. Ce label est aussi une reconnaissance des territoires qui ont su se parler. Fermez les yeux. Imaginez. La métropole européenne de Lille, dans 10 ans, ça ressemble à quoi? Dans dix ans, la métropole lilloise devra être dans la région non pas le phare, ce serait présomptueux, mais une "Métropole Valley", avec son bouillon d’innovation et une concentration d’acteurs économiques, qui pourrait rejaillir sur les autres territoires. J’espère qu’il y aura des circuits de mobilité intelligente et davantage de regroupements d’entreprises sur des sujets qui se prêtent à la mutualisation, par exemple en termes d’employabilité. Le partage de salarié est à la fois intéressant pour les entreprises et stimulant pour la personne concernée. Enfin, je souhaite que dans dix ans nous ayons connu un grand événement économique dans le style des expositions industrielles internationales. C’est mon grand rêve. Mais il ne s’agit pas que de rêver et tout cela, on s’organise aujourd’hui pour le faire. Propos recueillis par Élodie Soury-Lavergne Le journal des entreprises Nord JDE Editions